Sur la légitimité de l’indépendance de l’Ukraine
Dans la guerre d'influence, il y a les agents d'influence volontaires, et les involontaires qu'on appelle les idiots utiles. Alors, ils nous refont l'histoire sans savoir que c'est le résultat d'une bataille d'influence qui leur a fabriqué.
Je n'ai pas la prétention de refaire l'histoire. Je me contenterai donc de donner mon petit complément aux histoires que nous racontent tous ces idiots utiles à Poutine :
Dans les premières années de sa présidence, Poutine reconnaît officiellement la souveraineté ukrainienne et ses frontières, signant notamment en 2003 le Traité sur la frontière d'État.
Mai 2002 (Sommet OTAN-Russie à Rome) : Interrogé sur la relation entre Kiev et l'Alliance Atlantique, Poutine ne pose aucun veto sécuritaire :
« L'Ukraine est un État souverain et a le droit de choisir elle-même comment assurer sa propre sécurité [...] Cela ne gâchera pas les relations entre la Russie et l'Ukraine. » (Il sous-entend donc que l’Ukraine peut adhérer à l’OTAN)
Le basculement idéologique (2004–2008) : Du refus de la démocratisation au déni d'État
À partir de la Révolution orange (2004), la perspective d'une Ukraine démocratique et tournée vers l'Europe est perçue par Poutine comme une menace pour son modèle politique. Le langage passe du légalisme à la contestation de l'existence même de l'État ukrainien.
Avril 2008 (Sommet de l’OTAN à Bucarest) : En marge du sommet, lors d'un échange en off avec George W. Bush, Poutine dévoile sa vision réelle :
« Tu dois comprendre, George, que l'Ukraine n'est même pas un État ! Qu'est-ce que l'Ukraine ? Une partie de son territoire, c'est l'Europe de l'Est, et une autre partie, très importante, lui a été offerte par nous ! »
L'engrenage impérial et l'annexion (2014)
Après la révolution du Maïdan et l'annexion de la Crimée, le discours révisionniste s’officialise. L’Ukraine est présentée comme une entité artificielle indissociable du monde russe.
18 mars 2014 (Discours du Kremlin après le rattachement de la Crimée) :
« Dans le cœur et l'esprit des gens, la Crimée a toujours été une partie inaliénable de la Russie [...] Nous ne sommes pas simplement des voisins, nous sommes un seul peuple. Kiev est la mère des villes russes. »
La théorisation du déni national (2021–2022)
Entre 2021 et 2022, Poutine formalise sa doctrine : l'Ukraine n'a aucune légitimité historique à exister séparément de la Russie.
Juillet 2021 (Article officiel : De l'unité historique des Russes et des Ukrainiens) : Poutine y remet en cause le droit des républiques soviétiques à la sécession, le qualifiant de « mine à retardement » et conclut :
« La véritable souveraineté de l'Ukraine n'est possible que dans le cadre d'un partenariat avec la Russie [...] Car nous sommes un seul peuple. »
21 février 2022 (Discours télévisé, à la veille de l'invasion) : Poutine attribue la création de l'Ukraine moderne à une erreur des bolcheviks :
« L'Ukraine moderne a été entièrement créée par la Russie, plus précisément par la Russie bolchevique et communiste. Ce processus a commencé presque immédiatement après la révolution de 1917 [...] L'Ukraine n'a jamais eu de tradition solide d'État véritable. »
La justification impériale assumée (2022–2024)
Une fois la guerre lancée, les prétextes de sécurité face à l’OTAN s’effacent derrière des ambitions territoriales et historiques explicites.
Juin 2022 (Visite de l'exposition sur le 350ᵉ anniversaire de Pierre le Grand) : Poutine compare l'invasion actuelle aux conquêtes de l'Empire russe :
« Pierre le Grand a mené la guerre du Nord pendant 21 ans [...] Il semblait qu'il prenait quelque chose à la Suède. Il ne prenait rien, il reprenait [ce qui appartenait à la Russie] [...] Apparemment, il nous incombe aussi de reprendre et de renforcer. »
Octobre 2022 (Club Valdaï) :
« Le seul vrai garant de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine ne peut être que la Russie, qui a créé l'Ukraine moderne. »
Février 2024 (Interview accordée à Tucker Carlson) : Invité à expliquer la guerre, Poutine choisit de commencer par un monologue historique de 30 minutes remontant à l'an 862 (la Rus' de Kiev), reléguant l'OTAN au second plan pour justifier des prétentions territoriales séculaires.
Key Takeaways de cet argumentaire
L'incohérence du prétexte de l'OTAN : En 2002, Poutine ne s'opposait pas à ce que l'Ukraine rejoigne l'Alliance. C'est l'émancipation politique de l'Ukraine qui a provoqué le rejet.
Le piège de la mémoire : La guerre n'est pas une réaction sécuritaire ponctuelle, mais l'aboutissement d'une vision idéologique mûrie depuis 2008, considérant l'Ukraine comme une création artificielle devant réintégrer le « monde russe ».
Par ailleurs, Ianoukovitch a été retourné par Poutine et même si cela n'est pas totalement prouvé, ce qui est vrai c'est qu'il s'est fait élire sur la promesse d'entrer dans l'OTAN, et qu'à un moment, il a retourné sa veste. L'action de l'Occident n'est qu'un appui à une volonté populaire d'un peuple qui avait été trahi.
Pour résumer : Poutine se comporte comme un impérialiste. Tous les pays limitrophes doivent être sous sa botte. Il a toujours considéré (sauf durant une courte période diplomatique) que l'Ukraine était le coeur de la Russie et qu'elle n'avait pas à être indépendante.
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