Quatre positions face à la dette : Mélenchon, Giraud, Attac, Porcher
Le candidat LFI à l’élection présidentielle a récemment suggéré de « foutre au feu » les titres de dette publique détenus par la Banque de France.
« Les titres de dette, vous les mettez au frigo, à la cave, vous pouvez les mettre pendus au plafond ! Ça n’a aucune importance : cet argent n’existe pas ! Je ne suis pas d’accord pour le payer ! Il suffit d’aller à la Banque de France, de prendre les titres de dette et de les foutre au feu, il n’y en aura plus… Et personne ne s’apercevra que ça a disparu ! », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Je caricature un peu, à peine. »
La proposition ne concerne que la fraction de la dette détenue par la Banque de France, pas l’ensemble de la dette publique.
Gaël Giraud, jésuite économiste international, pas connu pour être proche des idées de LFI, a co-signé (notamment en 2021 avec plus de 150 économistes) l'appel à l'annulation des dettes publiques détenues par la BCE. Il rappelle qu'une banque centrale ne peut pas faire « faillite » au sens ordinaire et que la détention de dettes par la BCE équivaut à ce que la collectivité se doive de l'argent à elle-même.
Contrairement à une annulation sèche, il propose de conditionner cette annulation (ou la conversion de la dette en titres perpétuels à taux zéro) à l'engagement des États à réinvestir des montants équivalents dans la transition écologique et sociale.
L'association altermondialiste Attac rejette fermement le dogme du remboursement obligatoire à tout prix qui servirait de prétexte à des politiques d'austérité.Restructuration de la dette BCE : Attac milite pour l'annulation ou la restructuration d'une partie de la dette détenue par la BCE, afin de dégager des marges de manœuvre budgétaires pour la bifurcation écologique et la santé.
Attac insiste sur la réalisation d'un audit citoyen de la dette pour identifier la part légitime et illégitime de la dette publique.
Pour Attac, le levier monétaire ne suffit pas : il doit s'accompagner d'une politique fiscale redistributive (taxation des superprofits, des hauts patrimoines et de la finance) pour financer les services publics.
Thomas Porcher : L'économiste membre des Économistes atterrés partage le diagnostic contre l'austérité, mais nuance la portée ou la nécessité d'une « annulation par destruction » des titres :Pas de panique face à la dette : Porcher répète qu'il ne faut pas avoir peur de la dette publique, qui sert de bouclier lors des crises et finance des actifs durables (écoles, hôpitaux, infrastructures).
Il soulève souvent que la dette détenue par la Banque de France ou la BCE ne pose pas de problème de soutenabilité immédiat : quand l'État verse des intérêts à sa banque centrale, la banque centrale reverse une grande partie de ses bénéfices à l'État sous forme de dividendes.
Plutôt que de faire de l'annulation un totem technique qui cristalliserait des blocages juridiques européens, Porcher insiste sur le changement des règles budgétaires (abandon du dogme des 3 % de déficit) et sur la justice fiscale (faire contribuer les hauts revenus et multinationales) pour relancer l'activité.
Commentaires
Enregistrer un commentaire