Relecture du nouveau communalisme de LFI
Le fait communal a toujours été le lieu où s’invente la démocratie vivante. C’est à l’échelle du quartier et du village qu'on subit les injustices du quotidien, mais c’est aussi là qu’on peut reprendre le pouvoir sur nos lives. Pourtant, depuis des décennies, nos communes sont dépossédées de leur rôle politique. Les gouvernements successifs et la logique néolibérale ont transformé la gestion locale : on ne cherche plus à répondre aux besoins majeurs des gens, mais à rendre les territoires « attractifs » pour les investisseurs et les marchés. La commune n’est plus le cœur de la décision collective, me un simple guichet technique chargé d'appliquer des directives venues d'en haut.
La dépossession territoriale et la marchandisation du quotidien
Cette casse de la souveraineté locale s'est faite au profit d'un modèle brutal : la métropolisation. Le système concentre les richesses et les infrastructures dans quelques grands centres-villes, tout en abandonnant le reste — banlieues populaires, petites villes et zones rurales. Dans le même temps, tout a été marchandisé. L’eau, les transports, le logement et la gestion des déchets ont été livrés aux appétits du privé. Le résultat est clair : la gentrification chasse les classes populaires des centres-villes, les prix explosent, et les habitants sont traités comme de simples clients impuissants.
Des mesures matérielles immédiates pour changer la vie
Pour sortir de cette impasse, il ne s'agit pas d'aménager la crise ou de gérer sagement les coupes budgétaires. La municipalité doit devenir un bastion de résistance et d’action directe. Reprendre le contrôle à l'échelle locale passe par des choix politiques clairs et concrets pour transformer immédiatement le quotidien des habitants :
La réappropriation publique des services essentiels. Il faut éjecter les grands groupes privés de nos réseaux d'eau et de déchets pour créer de véritables régies publiques à but non lucratif. Concrètement pour l'eau, cela permet de sortir de la logique du profit et de mettre en place la gratuité des premiers mètres cubes nécessaires à la vie et à la santé (boire, cuisiner, se laver), financée par une tarification progressive et fortement majorée sur les usages de confort comme le remplissage des piscines privées.
La gratuité totale des transports communs. C'est à la fois un gain direct de pouvoir d'achat — des centaines d'euros économisés chaque année pour les familles populaires et les travailleurs — et une nécessité écologique. En rendant le bus ou le tramway entièrement gratuits et plus fréquents, on permet à chacun de se déplacer librement tout en décongestionnant les centres-villes de la voiture individuelle.
La maîtrise publique du sol et le blocage des loyers. Pour stopper la spéculation immobilière qui étrangle les ménages, la commune doit créer une réserve foncière publique en préemptant systématiquement les terrains. Cela permet de construire des logements 100 % sociaux et accessibles, plafonnés en fonction des revenus réels des gens, tout en encadrant strictement les loyers du secteur privé et en interdisant la prolifération de locations touristiques de type Airbnb qui vident nos quartiers.
Des régies agricoles municipales et des cantines 100 % gratuites et bio. La collectivité doit acquérir des terres agricoles en lisière des villes et embaucher des maraîchers sous statut public. Ces fermes municipales approvisionnent directement et en circuit ultra-court les cantines scolaires, les crèches et les maisons de retraite. Le résultat est immédiat : des repas 100 % bio, locaux et entièrement gratuits pour tous les enfants des écoles de la commune, tout en garantissant un débouché stable et rémunérateur pour les paysannes et paysans du coin.
La souveraineté citoyenne exercée par le bas
Cette transformation matérielle n'a aucun sens si elle reste pilotée d'en haut par des experts ou des édiles isolés. La vraie démocratie locale ne consiste pas à consulter les gens une fois tous les six ans ou à organiser de fausses concertations où tout est déjà décidé. Elle implique que la souveraineté citoyenne s'exerce d'en bas, de façon permanente et sans filtre.
Les habitants doivent pouvoir s'organiser eux-mêmes au sein d'assemblées de quartier souveraines, ouvertes à tous, où l'on débat et décide réellement de l'affectation des investissements locaux. Une part majeure du budget municipal doit être directement mise au vote de ces assemblées.
De plus, le droit d'initiative populaire doit être garanti sous toutes ses formes : dès qu'un pourcentage d'habitants d'un quartier ou de la ville signe une pétition, la municipalité a l'obligation légale d'organiser un vote au suffrage universel dont le résultat s'impose au conseil municipal, qu'il s'agisse de stopper un projet d'aménagement inutile, d'en imposer un nouveau, ou d'abroger une décision municipale. Enfin, la responsabilité des élus doit être permanente grâce au droit de révocation : si un exécutif local trahit ses engagements ou refuse d'appliquer les décisions citoyennes, un scrutin peut être déclenché par les habitants pour remettre son mandat en jeu avant le terme de six ans.
Investir prioritairement les territoires relégués
Cette reconquête doit s'amorcer prioritairement là où le système a tout dévasté. Dans les quartiers populaires et les zones reléguées désertés par l'État, la commune doit rouvrir des centres de santé publics avec des médecins salariés qui ne dépassent pas les tarifs de la sécurité sociale, soutenir massivement le tissu associatif et recréer des lieux de vie et d'entraide.
L'imposture du « localisme » d'extrême droite
Face à ce projet d'émancipation, le pseudo-« localisme » prôné par le Rassemblement National en montre le strict opposé. Derrière la défense de la proximité, leur projet est un chauvinisme d'exclusion. Le RN installe une gestion hyper-verticale et sécuritaire, asphyxie la vie associative locale, saborde les subventions culturelles, écologiques et sportives qui soutiennent le lien social, et applique une préférence nationale discriminatoire. Là où nous défendons les biens communs et la gratuité, ils maintiennent la logique marchande du logement et refusent toute redistribution sociale réelle.
La commune comme levier de réappropriation globale
Cette différence est fondamentale. L'enjeu de ce nouveau communalisme n'est pas de gérer de la misère ou d'obéir sagement aux contraintes budgétaires fixées par l'État central — qui baisse sans cesse les dotations locales et étrangle l'autonomie financière des villes. L'objectif est de refaire de la commune le lieu de la réappropriation politique intégrale : réorganiser nos espaces de vie, reprendre la main sur la terre, les ressources et l'économie du quotidien, et restaurer la capacité du peuple à décider de son propre destin. C'est à partir du terrain, par la reconquête concrète et démocratique de chaque mètre carré de nos territoires, qu'une véritable transformation de la société devient possible.
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