LFI et la démocratie dans l'entreprise

La France Insoumise (LFI) a beaucoup travaillé sur la démocratie dans l'entreprise, en articulant sa réflexion autour de l'idée d'une « citoyenneté dans l'entreprise ».

Si la démarche communaliste vise à redonner le pouvoir aux habitants à l'échelle locale, le projet de LFI pour le monde du travail vise à déposséder les actionnaires du monopole des décisions stratégiques pour transférer ce pouvoir de contrôle et de décision aux salariés.

Dans le programme L'Avenir en commun et les livrets thématiques du mouvement, cette démocratisation s'articule autour de trois axes principaux :

1. Renforcer les pouvoirs de décision des salariés

    • Droit de veto étendu : Accorder aux instances de représentation du personnel (CSE) un droit de veto suspensif ou définitif sur les décisions stratégiques majeures : licenciements boursiers, restructurations, délocalisations ou fermetures de sites.

    • Droit de préemption et reprise en coopérative : En cas de liquidation, de vente ou de menace de fermeture d'un site, accorder un droit de préemption prioritaire aux salariés pour qu'ils puissent reprendre leur entreprise sous forme de SCOP (Société coopérative et participative) ou de SCIC. 

    • Présence renforcée dans les organes de gouvernance : Augmenter significativement le nombre de représentants des salariés (et non des actionnaires) au sein des conseils d'administration et de surveillance, en s'inspirant d'un modèle de codétermination renforcé.

2. Démanteler la « hiérarchie autoritaire » et développer les communs

    • Soutien massif à l'Économie Sociale et Solidaire (ESS) : Favoriser les structures dont le fonctionnement repose sur le principe « une personne = une voix », à l'inverse du capitalisme d'actionnariat (« un euro = une voix »).

    • Élection et révocabilité des encadrants : Dans certaines propositions ou expérimentations défendues par l'aile gauche du mouvement, l'idée de faire élire ou de pouvoir révoquer une partie des cadres directeurs par les salariés eux-mêmes est mise en avant pour briser le verticalisme managérial.

    • Refonte de la santé et sécurité au travail : Rétablir et élargir les prérogatives des anciens CHSCT (supprimés lors des ordonnances Macron) pour redonner aux travailleurs un droit de regard et d'arrêt sur l'organisation même de leurs gestes professionnels et de leurs conditions de travail.

3. Droits d'alerte et contrôle financier

    • Accès aux comptes et à la transparence : Élargir le droit d'alerte économique des comités d'entreprise et rendre obligatoire la transparence totale sur les marges, l'écart des salaires (encadrement de 1 à 20) et les dividendes versés.

    • Conditionnalité sociale des aides publiques : Aucune aide publique ou exonération fiscale ne peut être accordée sans l'accord préalable des salariés représentés et sans engagements stricts sur l'emploi et la gouvernance. 

Tout comme pour le communalisme, où l'objectif est de ne plus subir la démocratie représentative mais de la pratiquer au quotidien dans son quartier, la vision de LFI considère qu'un citoyen ne doit pas poser sa citoyenneté à la porte de l'usine ou du bureau.


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Dans son projet de République sociale et son programme L'Avenir en commun, LFI théorise et décline la démocratisation des services publics

L'idée centrale de LFI est de rompre avec le modèle de la « Nouvelle gestion publique » (New Public Management) — jugé technocratique, marchande et axé sur la rentabilité — pour réimposer l'intérêt général via la maîtrise directe des citoyennes et citoyens.

1. La codécision usagers / agents

LFI propose de passer d'un service public géré verticalement par la haute administration à une gouvernance partagée :

    • Conseils d'usagers et d'agents : Intégrer des représentants élus des usagers (citoyens, parents d'élèves, patients, voyageurs) et des personnels (agents du service public, syndicats) dans les conseils d'administration des établissements publics et des régies publiques. 

    • Co-construction des besoins : Permettre aux usagers et aux travailleurs de participer directement à la définition des politiques du service public (horaires d'ouverture, types de prestations, choix d'investissements).

2. Le droit de regard et de contrôle citoyen

    • Contrôle populaire des régies et pôles publics : Dans la création des grands pôles publics préconisés par LFI (pôle public de l'énergie, du médicament, du logement, bancaire), le mouvement exige un contrôle citoyen permanent sur la gestion financière et environnementale.

    • Contrôle d'efficacité sociale et écologique : Évaluer l'action des services publics non pas sur des critères budgétaires ou financiers, mais sur des indicateurs d'efficacité sociale, d'accessibilité et de réponse aux besoins (via des jurys citoyens ou des comités d'évaluation paritaires).

3. La réappropriation contre la dématérialisation et la privatisation

Dans le vocabulaire du mouvement, la démocratie dans les services publics passe aussi par le rétablissement de l'accès fondamental au droit :

    • Réouverture d'accueils physiques : LFI dénonce le « tout-numérique » imposé par l'État, perçu comme une maltraitance administrative et une exclusion des usagers les plus vulnérables. La démocratie implique le droit d'avoir un interlocuteur humain à proximité (objectif d'un service public à moins de 15 à 30 minutes de chez soi). 

    • Transparence et gratuité : Pour les services essentiels (eau, cantines scolaires, transports du quotidien), la gestion en régie publique transparente doit s'accompagner de la gratuité pour les volumes ou usages indispensables.



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