Les solutions collectives pour financer la sécurité sociale
De nombreuses propositions et alternatives ont été théorisées et appliquées en France et dans le monde pour financer la Sécurité sociale et les retraites par la répartition et la solidarité, en écartant totalement la capitalisation boursière.
Ces solutions se regroupent en quatre grands leviers collectifs :
1. Reconstitution et élargissement de la cotisation sociale
La cotisation est perçue non comme une taxe, mais comme un « salaire différé » socialisé à la source.
La « Cotisation sur la Valeur Ajoutée » (ou Cotisation Valeur Ajoutée - CVA) : Élargir l'assiette des cotisations patronales en ne les basant plus uniquement sur la masse salariale brute, mais sur l'ensemble de la valeur ajoutée produite par l'entreprise. Cela permet de faire contribuer l'automatisation, la robotisation et le travail capital-intense, empêchant les entreprises qui détruisent des emplois d'échapper au financement social.
La cotisation sociale sur les dividendes et rachat d'actions : Prélever une cotisation sociale directe (et non un impôt) sur la part des profits distribués. Proposée régulièrement par plusieurs économistes de gauche et syndicats en France (comme la CGT ou Solidaires), cette mesure vise à aligner la taxation des flux financiers du capital sur celle des salaires.
La sur-cotisation des contrats précaires et du temps partiel subi : Moduler les cotisations patronales à la hausse pour les entreprises abusant des CDD courts ou des contrats à temps partiel engendrant du chômage et de la sous-remplissabilité des caisses.
L'Égalité salariale femmes-hommes comme levier comptable : Alignement immédiat des salaires féminins sur ceux des hommes. En France, supprimer l'écart salarial (environ 15 % à poste égal / temps de travail) injecterait mécaniquement plus de 10 à 12 milliards d'euros de cotisations brutes par an dans les caisses de retraite sans augmenter les taux de cotisation.
2. Fiscalité progressive et impôts affectés (Logique de Solidarité)
Transfert de la richesse fiscale générale directement vers les caisses de Sécurité sociale (logique Beveridgienne).
Rétablissement et affectation d'un ISF / Impôt sur le Patrimoine au système social : Flécher l'impôt sur la fortune ou une taxe progressive sur l'héritage d'actif net élevé exclusivement vers le Fonds de Solidarité Vieillesse (FSV) ou la Sécurité sociale.
L'élargissement de la CSG / CRDS sur le capital : Augmenter la Contribution Sociale Généralisée sur l'ensemble des revenus du patrimoine et financiers des hauts patrimoines pour compenser ou remplacer les cotisations sur le travail (le collectif budgétaire 2026 en France a par exemple ajusté les taux de CSG sur le capital pour financer des arbitrages sociaux).
Taxation des transactions financières (Taxe Tobin / TTF) : Prélever une fraction minimale (ex: 0,1 % à 0,5 %) sur tous les échanges de titres financiers, d'actions et de dérivés haute fréquence, et reverser le produit directement à l'assurance maladie ou au système de retraite.
Fiscalité comportementale et environnementale affectée : Renforcer la fiscalité sur les superprofits polluants (fiscalité carbone des entreprises) ou sur les industries génératrices de coûts de santé publique (tabac, boissons très sucrées ou énergisantes alcoolisées, produits ultra-transformés) pour abonder directement le budget de la Sécurité sociale.
3. Modèles de démocratie économique et souveraineté monétaire
Des mécanismes de structures d'État ou d'entreprises modifiant la propriété collective des flux.
Modèle du « Salaire à la qualification du travailleur » (Réseau Salariat / Bernard Friot) : Remplacer le financement par l'emploi/marché par la socialisation totale de la valeur ajoutée dans des caisses d'investissement et de salaire versé à vie à chaque citoyen dès la majorité, rendant l'idée même de « retraite » obsolète puisque le salaire est lié à la personne et non au poste.
Financement direct par la Banque Centrale (Rachat de dette sociale) : Annulation ou création monétaire directe par la Banque centrale (comme la BCE) affectée à la dette de la Sécurité sociale (CADES en France), pour traiter la protection sociale comme un bien public non marchand insensible aux taux d'intérêt des marchés.
La « Socialisation du profil de production » (Modèles nordiques originaux / Plan Meidner en Suède) : Dans les années 1970-1980, la Suède a expérimenté les Fonds de salariés (L löntagarfonder) : une partie des profits des entreprises était obligatoirement versée sous forme d'actions gérées par les syndicats dans des fonds collectifs pour abonder les pensions et redonner le contrôle des entreprises aux travailleurs, sans passer par la bourse privée.
4. Recouvrement des manques à gagner et régulation du marché du travail
Faire rentrer l'argent déjà théoriquement dû ou freiner les fui-tes de recettes.
Suppression du conditionnement des exonérations de cotisations patronales : En France, les exonérations de cotisations sociales patronales représentations environ 70 milliards d'euros par an (notamment sur les bas salaires). Conditionner ou supprimer ces aides pour les grands groupes remettrait ces sommes dans le budget social.
Lutte contre la fraude fiscale et l'optimisation agressive : Récupération de l'évasion fiscale des grands groupes (estimée à 80–100 milliards d'euros par an en France), dont une fraction suffirait à combler tout déficit prévisionnel de la Sécurité sociale.
Lutte contre la fausse sous-traitance et l'ubérisation : Requalifier les travailleurs indépendants des plateformes en salariés pour soumettre l'ensemble de ces géants numériques au versement des cotisations sociales patronales standard.
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