Le ralentissement de la croissance économique mondiale

La question du ralentissement de la croissance économique mondiale se joue à deux niveaux : celui des faits macroéconomiques (quand la machine a commencé à gripper) et celui des discours théoriques (qui croit encore au miracle de sa relance).

1. Depuis quelle année considère-t-on que la croissance mondiale ne fonctionne plus ?

En économie, on utilise l'expression « stagnation séculaire » pour décrire une situation où la croissance économique est durablement faible, voire atone, malgré des injections massives de monnaie par les banques centrales. Les économistes situent la rupture à deux moments clés de l'histoire moderne :

    • Le grand tournant : L'année 2008 (La crise des subprimes) C'est le repère le plus largement partagé. Avant 2008, la croissance mondiale était dopée par la bulle du crédit. Depuis cette crise financière majeure, les gains de productivité se sont effondrés, l'endettement mondial a explosé et la croissance structurelle des pays développés (Europe, États-Unis) n'a jamais retrouvé ses niveaux d'avant-crise. C'est en 2013 que l'économiste Larry Summers (ancien secrétaire au Trésor américain) a réactivé le concept de stagnation séculaire pour expliquer que l'économie mondiale était entrée dans une phase d'apathie permanente.

    • Le laboratoire précurseur : Les années 1990 (Le cas du Japon) Si l'on cherche le point de départ clinique du phénomène, c'est le Japon du milieu des années 1990. Après le krach de sa bulle immobilière et financière en 1990, le pays est entré dans ce que les économistes appellent les « décennies perdues », caractérisées par une croissance proche de zéro et une impossibilité chronique à relancer la machine. Le Japon a été le premier signal d'alarme que le modèle de croissance standard arrivait à bout de souffle.

2. Qui sont ceux qui affirment qu'elle peut redémarrer ?

Malgré le constat d'une croissance mondiale atone et fragile (comme le confirment les rapports du FMI et de la Banque mondiale), une partie influente des élites économiques et politiques refuse d'enterrer le modèle productiviste. Ceux qui croient à un redémarrage s'articulent autour de trois grands groupes :

A. Les technophiles et partisans de la « 4e révolution industrielle »

Ce sont les économistes de l'offre, les institutions de la Silicon Valley et les analystes de grandes banques d'affaires (comme Goldman Sachs).

    • Leur thèse : Ils affirment que la stagnation actuelle n'est que temporaire. Selon eux, le déploiement massif de l'Intelligence Artificielle (IA), de la robotique avancée, des biotechnologies et de l'informatique quantique va provoquer un choc de productivité inédit.

    • Leur espoir : Relancer la croissance par l'innovation technologique, capable de créer de nouveaux marchés et d'automatiser des secteurs entiers pour générer de la valeur.

B. Les institutions multilatérales et les partisans de la « Croissance Verte »

On trouve ici la Banque mondiale, le FMI (Fonds Monétaire International), l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) et une grande partie des gouvernements occidentaux.

    • Leur thèse : La croissance peut et doit redémarrer, mais elle doit changer de carburant. C'est le cœur du logiciel de la "croissance verte".

    • Leur espoir : Ils estiment que la transition énergétique (la construction d'infrastructures bas-carbone, les énergies renouvelables, la rénovation thermique) va nécessiter des milliers de milliards d'investissements. Pour ces institutions, décarboner l'économie mondiale est le plus grand gisement de croissance et d'emplois du XXIe siècle. Comme le répète souvent l'économiste en chef de la Banque mondiale, une « bonne politique économique » et des réformes structurelles incitant à l'investissement privé suffisent à faire repartir la machine.

C. Les néo-keynésiens et partisans de la relance par la demande

Des économistes comme Paul Krugman ou Joseph Stiglitz estiment que la croissance ne redémarre pas simplement parce que les politiques menées depuis 2008 ont été mauvaises (notamment à cause des politiques d'austérité budgétaire en Europe).

    • Leur thèse : La stagnation n'est pas une fatalité physique, c'est un problème de répartition des richesses.

    • Leur espoir : En augmentant les salaires, en réduisant les inégalités et en menant des politiques de grands travaux publics financés par l'État, on peut recréer de la demande, inciter les entreprises à investir et relancer durablement la croissance mondiale.

En résumé, face aux tenants de la post-croissance ou de la décroissance (qui estiment que les limites physiques de la Terre rendent tout redémarrage impossible ou suicidaire), les défenseurs du système parient soit sur le miracle technologique (l'IA), soit sur le chantier de la transition (la croissance verte) pour sauver le dogme économique.

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