Recherches sur la conscience et les croyances
Il existe une immense littérature scientifique sur la conscience et les croyances. Loin de se limiter à la "doxa" matérialiste naïve ou aux seuls manuels de psychologie classique, la recherche contemporaine croise les neurosciences computationnelles, la physique théorique, l'anthropologie cognitive et la psychiatrie.
Pour éviter le réductionnisme habituel, l'état de l'art scientifique peut se diviser en trois grands blocs : les modèles dominants de la conscience, la neurobiologie de la croyance, et les théories hétérodoxes ou marginales qui cherchent à dépasser les impasses actuelles.
1. Les modèles scientifiques de la Conscience
En neurosciences, on distingue le "problème facile" (cartographier les fonctions cérébrales) et le "problème difficile" de Chalmers : pourquoi et comment une activité physique produit-elle une expérience vécue subjective (les qualia) ? Deux théories scientifiques majeures s'affrontent aujourd'hui :
L'Espace de Travail Neuronal Global (GNW)
Portée par Stanislas Dehaene et Jean-Pierre Changeux, cette théorie postule que la conscience est un réseau d'interconnexions à longue distance (principalement dans les cortex préfrontal et pariétal).
• Le concept : Une information devient "consciente" lorsqu'elle est partagée et diffusée à l'ensemble du cerveau via ce réseau global, créant un "allumage" synchrone. Si l'information reste locale, elle demeure inconsciente ou subliminale.
La Théorie de l'Information Intégrée (IIT)
Proposée par Giulio Tononi, l'IIT prend le contre-pied : elle part de la définition phénoménologique de la conscience pour en déduire des propriétés physiques.
• Le concept : La conscience est une propriété fondamentale de tout système physique possédant un haut degré d'information intégrée (noté par la variable mathématique $\Phi$, Phi). Plus les parties d'un système sont interconnectées et interdépendantes de manière complexe, plus le système est conscient. Fait notable : cette théorie valide une forme scientifique de panpsychisme (la conscience n'est pas propre aux cerveaux biologiques).
2. La Science des Croyances (Neurocognition)
En sciences cognitives, une "croyance" n'est pas uniquement religieuse ou politique ; c’est le modèle mental qu'utilise le cerveau pour prédire la réalité.
Le Cerveau Bayésien et le Codage Prédictif
C’est le paradigme dominant (porté notamment par Karl Friston). Le cerveau n'est pas un récepteur passif d'informations sensorielles. C’est une machine à prédictions.
• Le principe : Le cerveau génère en permanence des croyances a priori (modèles du monde) et les compare aux signaux sensoriels réels. S'il y a un décalage, il génère une "erreur de prédiction".
• Application : Pour économiser de l'énergie, le cerveau préfère souvent modifier sa perception de la réalité ou filtrer les données plutôt que de changer sa croyance interne. Une croyance ancrée agit comme un filtre qui biaise activement l'interprétation des données sensorielles entrantes.
Le Réseau par Défaut (DMN) et l'Hyperactive Agency Detection Device (HADD)
La psychologie évolutionniste démontre que notre cerveau a été sélectionné pour croire.
• Le HADD : Nos ancêtres survivaient mieux s'ils confondaient le bruit du vent dans un buisson avec un prédateur (fausse alerte) plutôt que l'inverse (mort certaine). Nous avons donc un biais inné à attribuer une intentionnalité, un esprit ou une volonté cachée (une croyance) derrière les phénomènes naturels.
• Le DMN (Default Mode Network) : Ce réseau cérébral s'active lorsque nous sommes au repos, que nous pensons à nous-mêmes, au passé, au futur, ou aux intentions d'autrui (théorie de l'esprit). Les études montrent une corrélation forte entre l'activité ou la connectivité de ce réseau et la propension aux croyances spirituelles ou métaphysiques.
3. Au-delà de la Doxa : Les approches hétérodoxes et alternatives
Certains physiciens et neuroscientifiques estiment que le modèle matérialiste classique ("le cerveau sécrète la conscience comme le foie sécrète la bile") se heurte à un mur conceptuel. Plusieurs pistes de recherche explorent d'autres voies :
La Réduction Objective Orchestrée (Orch-OR)
Développée par le physicien Roger Penrose (Prix Nobel) et l'anesthésiste Stuart Hameroff.
• L'hypothèse : La conscience ne proviendrait pas des connexions synaptiques entre neurones, mais de processus de gravitation quantique se déroulant à l'intérieur de structures cellulaires appelées microtubules. Bien que très critiquée par la majorité des biologistes en raison de la décohérence thermique du cerveau, cette théorie tente d'ancrer la conscience dans les lois fondamentales de la physique plutôt que dans une simple émergence biologique.
Les modèles de la "Conscience Filtre" (ou émetteur-récepteur)
Inspirés à l'origine par William James et réactualisés par des chercheurs du Division of Perceptual Studies (Université de Virginie) comme Edward Kelly, ces travaux s'intéressent aux états modifiés de conscience (expériences de mort imminente, psychédéliques, transes).
• L'hypothèse : Le cerveau ne produirait pas la conscience, mais agirait comme un filtre ou un réducteur. La conscience serait une propriété externe ou sous-jacente, et le cerveau servirait à la canaliser et à la limiter pour permettre la survie biologique. Sous l'effet des psychédéliques (comme la psilocybine), on observe une baisse massive d'activité dans les grands nœuds de contrôle du cerveau (le DMN), alors même que les sujets rapportent une expansion spectaculaire de leur conscience et de leurs croyances mystiques, ce qui alimente ce modèle alternatif.
L'Énactivisme (Varela, Thompson)
Cette approche refuse de localiser la conscience "dans le crâne".
▪ L'hypothèse : La conscience émerge de l'interaction dynamique entre le cerveau, le corps biologique entier et son environnement. On ne peut pas étudier la conscience ou la croyance de manière purement computationnelle isolée du vivant et de l'action motrice.
Travaux de Jean-Emile Charon
Jean-Émile Charon était un physicien nucléaire et ingénieur français qui, à partir des années 1970, a bifurqué vers une théorie spéculative très singulière mêlant relativité et spiritualité. Sa théorie, qu'il a appelée la Relativité Complexe, est une tentative fascinante de matérialiser l'esprit à l'échelle subatomique.
Sa thèse : L'Éon et l'Électron
Pour Charon, l'impasse de la science occidentale vient du fait qu'elle sépare la matière (extérieure, inerte) et l'esprit (intérieur, invisible). Il a proposé un modèle où chaque électron de notre univers est en réalité une structure double :
L'extérieur (Physique) : L'électron tel que la physique classique le mesure, une particule de matière chargée négativement.
L'intérieur (Psychique) : Un micro-espace fermé sur lui-même (semblable à un micro-trou noir), imperceptible, contenant un espace-temps différent où se trouve l'Éon.
Selon Charon, cet Éon possède des propriétés purement spirituelles :
Une mémoire cumulative : Contrairement à la matière qui s'use, l'Éon ne perd jamais d'information. Depuis le Big Bang, il stocke et mémorise toutes les expériences, les interactions et les vécus psychiques qu'il traverse.
Une télépathie subatomique : Les éons communiquent entre eux à l'échelle de l'univers, s'organisant de manière de plus en plus complexe. C'est cette "colonisation" spirituelle par les éons qui aurait, selon lui, poussé la matière inerte à s'organiser pour créer la vie, puis la pensée humaine.
Dans ses livres phares (comme J'ai vécu quinze milliards d'années ou L'Esprit, cet inconnu), Charon explique que notre conscience humaine n'est que la symphonie macroscopique de ces milliards d'éons qui nous traversent et nous composent. À notre mort physique, le corps se désagrège, mais les éons, virtuellement éternels, se libèrent dans l'univers en emportant avec eux la mémoire de ce que nous avons été.
Pourquoi cette théorie est-elle exclue de la science académique ?
Bien que Jean-Émile Charon ait été un physicien de formation (il a travaillé au Commissariat à l'énergie atomique), ses travaux sur la Relativité Complexe et les éons n'ont jamais été validés ni acceptés par la communauté scientifique. Ils sont classés dans ce qu'on appelle la frange de la science, ou la métaphysique spéculative.
La physique standard lui oppose des objections majeures :
L'absence de preuves empiriques : On n'a jamais mesuré ou mis en évidence cet "espace intérieur" de l'électron, ni le moindre échange d'information ou de mémoire subatomique.
Le problème de la décohérence : Transposer des propriétés macroscopiques (comme la mémoire, la pensée ou le choix) à des particules élémentaires est considéré par la physique quantique et relativiste moderne comme un anthropomorphisme poétique plutôt qu'un modèle mathématique rigoureux.
Cependant, la démarche de Charon s'inscrit dans une lignée de scientifiques (comme le physicien David Bohm avec l'ordre implicite, ou le neurophysiologiste Karl Pribram et son modèle holographique du cerveau) qui ont cherché à intégrer l'esprit directement dans le tissu de la physique fondamentale, refusant de voir la conscience comme un simple accident biologique.
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