La réalité face aux mensonges de la liste des «collabos de gauche de Vichy».
Les électeurs du RN aiment dire que ceux qui ont voté les pleins pouvoirs à Pétain étaient de gauche. Parmi ceux-ci, certains noms sont cités. Mais la réalité est tout autre.
Cette liste qui circule sur les réseaux sociaux est une falsification grossière de l'histoire. Elle attribue de fausses étiquettes de gauche à des figures de droite, d'extrême droite ou à des technocrates, et instrumentalise le parcours de rares transfuges pour créer un amalgame mensonger.
On va remettre les choses dans l'ordre !
Voici l'analyse factuelle et rigoureuse de chaque nom mentionné :
DARLAN
Sur la liste : "radical gauche"
La réalité factuelle : L'amiral François Darlan était un militaire de carrière, un grand officier de la Marine. S'il avait des sympathies opportunistes pour le centre-gauche par opportunisme familial avant-guerre, il n'a jamais été un militant politique. À Vichy, il devient le chef du gouvernement de Pétain et mène une politique d'intégration de la France dans l'Europe nazie, poussant la collaboration d'État à son maximum (Accords de Paris de 1941).
BOUTHILLIER
Sur la liste : "radical gauche"
La réalité factuelle : Yves Bouthillier était un haut fonctionnaire, inspecteur des finances, issu de la droite conservatrice et traditionaliste. Il n'a absolument jamais appartenu aux radicaux de gauche. Ministre des Finances de Pétain de 1940 à 1942, il incarne la technocratie réactionnaire qui a mis l'économie française au service de l'occupant.
MIREAUX
Sur la liste : "radical gauche"
La réalité factuelle : Émile Mireaux était un économiste et homme de presse, directeur du journal de droite conservatrice et bourgeoise Le Temps. Élu sénateur des Hautes-Pyrénées, il se situe à droite. Il n'a aucun lien avec les radicaux de gauche. Il fut brièvement ministre de l'Éducation nationale sous Vichy en 1940.
BOUSQUET
Sur la liste : "radical socialiste"
La réalité factuelle : René Bousquet était un pur produit de la haute administration (haut fonctionnaire), un technocrate opportuniste et non un cadre du Parti radical-socialiste. Nommé secrétaire général à la Police du régime de Vichy, il est tristement célèbre pour avoir négocié directement avec les SS (accords Oberg-Bousquet) et orchestré la rafle du Vél' d'Hiv en juillet 1942, mettant la police française au service de la déportation des Juifs.
LAVAL
Sur la liste : "socialiste"
La réalité factuelle : Pierre Laval a débuté sa carrière à l'extrême gauche avant la Première Guerre mondiale, mais il a rompu définitivement avec le socialisme dès les années 1920. Devenu un homme d'affaires richissime et un politicien indépendant de droite, il a dirigé des gouvernements conservateurs dans les années 1930. En 1940, il est l'artisan principal de la fin de la République et le maître d'œuvre de la collaboration la plus totale avec l'Allemagne nazie.
MARQUET
Sur la liste : "socialiste"
La réalité factuelle : Adrien Marquet était initialement membre de la SFIO (le parti socialiste de l'époque), mais il en a été formellement exclu dès 1933 pour ses dérives autoritaires. Il a alors fondé le mouvement "néo-socialiste" qui prônait l'ordre et l'autorité, rompant totalement avec la gauche. Admirateur du fascisme, il devient ministre de l'Intérieur de Pétain en 1940.
DÉAT
Sur la liste : "socialiste"
La réalité factuelle : Tout comme Marquet, Marcel Déat a été exclu de la SFIO en 1933 pour ses théories antilaïques et autoritaires. Pendant la guerre, installé à Paris, il bascule complètement dans le fascisme et la collaboration radicale en fondant le RNP (Rassemblement national populaire), un parti ouvertement calqué sur les modèles totalitaires de l'Axe.
ALIBERT
Sur la liste : "communiste"
La réalité factuelle : C'est l'un des mensonges les plus aberrants de la liste. Raphaël Alibert était un homme d'extrême droite, juriste royaliste et membre influent de l'Action française.
Profondément anticommuniste, antimaçonnique et antisémite, il est devenu garde des Sceaux de Pétain et a personnellement rédigé le premier Statut des Juifs d'octobre 1940.
BAUDOIN
Sur la liste : "communiste"
La réalité factuelle : Un autre mensonge total. Paul Baudouin était un banquier de premier plan (directeur de la Banque de l'Indochine), issu de la grande bourgeoisie financière. Catholique traditionaliste et homme de droite conservatrice, il exécrait le communisme. Il fut le premier ministre des Affaires étrangères de Pétain en 1940.
DORIOT
Sur la liste : "communiste"
La réalité factuelle : Jacques Doriot a bien été membre du Parti communiste (PCF) au début des années 1930, mais il en a été violemment exclu en 1934. Il a opéré un virage à 180 degrés vers la droite ultra en fondant en 1936 le PPF (Parti populaire français), qui est devenu le principal parti fasciste et antisémite de France. Pendant la guerre, il pousse la collaboration jusqu'à revêtir l'uniforme allemand sur le front de l'Est au sein de la LVF (Légion des volontaires français contre le bolchevisme).
LEMERY
Sur la liste : "gauche démocratique"
La réalité factuelle : Henry Lémery était un sénateur de la Martinique inscrit au groupe de la "Gauche démocratique" — qui, malgré son nom anachronique, était un groupe parlementaire de la Troisième République regroupant des modérés et des conservateurs de centre-droit, et non de gauche. Ami personnel de Pétain, il fut son ministre des Colonies en 1940.
LUCHAIRE
Sur la liste : "gauche démocratique"
La réalité factuelle : Jean Luchaire était un journaliste attiré par les milieux pacifistes dans les années 1930, mais il s'est transformé dès l'Occupation en l'un des piliers de la presse collaborationniste parisienne la plus servile à l'égard de l'Allemagne nazie. Il a dirigé le journal Les Nouveaux Temps et présidé la Corporation de la presse française sous contrôle allemand.
PIETRI
Sur la liste : "républicain de gauche"
La réalité factuelle : François Piétri était un dirigeant de l'Alliance démocratique, le grand parti de la droite modérée, laïque et libérale de l'entre-deux-guerres. L'appellation de l'époque ne doit pas tromper : il se situait fermement au centre-droite de l'échiquier politique. Il fut ministre des Communications de Pétain puis ambassadeur de Vichy en Espagne.
AUGIER
Sur la liste : "front populaire"
La réalité factuelle : Marc Augier (plus connu sous son nom de plume Saint-Loup) a fréquenté les mouvements de jeunesse et de camping liés au centre-gauche dans les années 1930, mais il a sombré dans le fascisme le plus radical dès le début de la guerre. Il a rejoint le cabinet du ministre collaborationniste néo-socialiste, est devenu responsable de la presse des Jeunesses du PPF (le parti fasciste de Doriot), avant de s'engager directement dans la LVF puis dans la Waffen-SS.
BELIN
Sur la liste : "syndicaliste CGT"
La réalité factuelle : René Belin était effectivement le numéro deux de la CGT avant-guerre, appartenant à la tendance minoritaire, pacifiste et anticommuniste du syndicat. Rallié à Pétain, il devient ministre du Travail et choisit la trahison de ses idéaux d'origine : c'est lui qui signe le décret de dissolution de sa propre confédération (la CGT) et met en œuvre la Charte du travail, un système corporatiste calqué sur le modèle fasciste italien.
Commentaires
Enregistrer un commentaire